Comme d’habitude, arrivé à la date butoir, je n’étais encore et toujours pas du tout satisfait de mon scénario. Je m’étais pourtant concentré sur le sentiment de vérité, sur les relations entre les personnages, et forcé de garder en permanence une vision globale du projet. J'avais tout lu et relu en gardant la thématique principale à l’œil. Mais ça ne me satisfaisait pas. Jamais. Ca n'était pas bon, juste lisible.
Mais cette fois, pour la toute première fois, même si je l'avais déjà soupçonné avant, je savais ce qui n’allait pas. Au fond, je le savais mais je ne voulais pas regarder les choses en face. Je venais d'en prendre conscience : depuis des années que je traficotait mon scénario, je ne faisais que ça : le traficoter. Modifier des petites choses par-ci par-là, accumuler les changements par couches, jusqu’à ce que l’on n'aperçoive même plus le fond. Même avec mon plan en main, je ne parvenais plus vraiment à voir mon histoire. Je n’avais plus la moindre objectivité, je ne voyais plus que des détails, des phrases, des noms, à la place des évènements, des actions ou des personnages.
Le vide. Le blanc. Rien.
Il ne me restait qu’une seule chance de remédier à cette confusion qui risquait de s’étirer jusqu’à ma mort si je ne faisais rien. Je le savais -- depuis longtemps, mais j’avais la pétoche d’appliquer une méthode si radicale. Je ne voulais pas le faire, l’ampleur de la tâche était trop grande, surtout en voyant le temps que ça m’avait pris pour en arriver où j’étais. Et même si je me retrouvais dans une impasse, je ne voulais pas l’admettre.
Jamais.
Merde, j’en avais tellement bavé! Pour ça !
Tout recommencer de zéro ?
Jamais !