Plusieurs années durant, j’ai donc abandonné l’idée que je pouvais écrire un scénario intéressant. Après tout, j’avais probablement été un peu présomptueux, et je ne me hisserai donc jamais au rang des dieux du cinéma que je révérais alors (et que je révère toujours). Je ne serais jamais qu’un simple spectateur. Très bien. Après tout, c’est déjà pas mal. J’avais de beaucoup de bordel dans la tête à mettre en ordre, c’est un travail qui m’a pris plusieurs années, et je n’ai donc pas trop eu le loisir d’y penser. Mais quand même. De temps en temps, en cours, à la fac, des images de mon histoire ressurgissaient pour tromper l’ennui. Ces images étaient prégnantes. Je les trouvais extrêmement signifiantes, vengeresses, violentes. Et j’avais beau me dire qu’elles n’avaient probablement de signification que pour moi, je n’en étais pas si sûr. Il m’a fallu beaucoup de temps avant de juger que, bien tournées, certaines de ces images pouvaient avoir un écho universel. Il m’a fallu encore plus de temps pour me remettre à les noter sur des coins de mes feuilles de cours. Puis, tout naturellement, j’ai fait l’acquisition d’un carnet de note, que je pouvais trimballer partout, et ressortir à chaque fois que c’était nécessaire, plutôt que de disséminer mes notes sur des cours de civilisation américaine, littérature anglaise, grammaire anglaise... (deux ans à la fac d’anglais… ne sachant pas quoi faire au sortir du bac, j’ai fait comme tout les paumés de l’époque : fac d’anglais. « Ça sert toujours… »)
J’ai rempli plusieurs de ces petits carnets avant que ne me prenne à nouveau l'envie et le courage de me réatteler à la tache. J’avais beau en aimer certaines images, je doutais toujours de l’intérêt de l’ensemble.
A force d’y réfléchir, j’ai fini par entamer une auto-analyse : pourquoi ce scénario m’obsédait-t-il ? Après tout, si ça n’avait été qu’une histoire parmi d’autre, j’aurai tourné très vite une page définitive, et ce n’était pas le cas. Etais-je monomaniaque, ou cette histoire avait elle réellement une signification particulière ? En creusant un peu (-pas eu besoin de creuser beaucoup), j’ai découvert pas mal de choses qui faisaient particulièrement écho en moi : le plaisir de l’isolement, la difficulté à communiquer, la rage débordante, l’envie de sortir d’une manière de vivre, et en même temps craindre le changement. Le sentiment d’oppression permanente sauf dans l’isolement le plus complet.
J’avais trouvé ce que je croyais être le bon thème de mon histoire : l’isolement et la communication. Il ne me restait plus qu’à reprendre chaque séquence du scénario sous l’angle de cette thématique, et j’obtiendrais une histoire cohérente !
Entre temps, j’avais commencé des études de cinéma, toujours à la fac. Le cinéma était bien plus intéressant que ma vie, autant s’y plonger le plus longtemps possible. Le reste du temps, je tentais de me décrasser le cerveau.