Accueil Date de création : 11/02/08 Dernière mise à jour : 09/01/12 16:45 / 17 articles publiés

Vers la continuité dialoguée... et au delà!  posté le mardi 24 mars 2009 17:56

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J’ai fini le traitement au mois d’août 2008. 48 pages, une centaine de scènes, un résumé détaillé qui après maintes modifications a fini par me paraître bien équilibré. Vraiment.

« Vraiment » est un mot qui en général n’a pas une durée de vie bien longue chez moi, surtout s’il est associé à « bien », et qu’il commente mon scénario. Il m’était donc permis de douter de la pérennité de la confiance que j’accorderais à cette version du traitement. Le mieux était d’attendre la fin des vacances pour me remettre au boulot, le relire avec un esprit neuf, et juger si ce « vraiment » restait vrai…

Après quelques vacances calamiteuses, j’ai eu du mal à me replonger dans l’état d’esprit nécessaire pour passer à la continuité dialoguée. Tout recommencer, encore, même si c’était pour développer le traitement en scénario, ça commençait à devenir vraiment difficile. J’ai commencé à reculons, en me disant que je finirai par me reconnecter à l’histoire et que l’écriture suivrait. Ça m’a pris un certain temps, et c’est en m’autorisant à ne pas écrire les scènes dans l’ordre chronologique que je suis parvenu à me raccrocher au train… j’ai commencé à développer selon mes envies, les scènes les plus marquantes, la fin, le début, les pivots dramatiques, les scènes d’action.

En développant les scènes, j’ai pu me rendre compte que souvent, ce qui fonctionnait en version résumée dans le traitement était très long à développer, si bien que mon texte a doublé, puis triplé de volume une fois dialogué. Non pas que je sois un adepte des dialogues à rallonge, loin de là, mais c’est surtout de petits détails insignifiants dans le traitements qui s’avèrent prendre finalement beaucoup de place dans la version finale.

La rédaction de la continuité dialoguée a pris fin début novembre.

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Sisyphe et le vide  (Histoire de mon rocher) posté le lundi 12 mai 2008 17:20

Depuis toutes les années que je travaille sur mon scénario, que je le chéris, que j’imagine le finir un jour… et que j’en vois les images, je ne me suis jamais demandé ce que j’aurais fait si je ne m’étais pas consacré à lui.

Non pas que j’y ai pensé tous les jours depuis que j’en ai eu l’idée il y a de cela très longtemps, mais il faut reconnaître que l’histoire de mon scénario épouse de plus en plus les formes de ma vie, au point de parfois se confondre avec elle.

Je suis actuellement au chômage –les professions recrutant des littéraires sont de plus en plus inaccessibles- et j’envisage de faire une formation dans un domaine plus pratique, mais qui recrute réellement du personnel sans le laisser croupir ad vitam dans la précarité. Ma femme, qui s’intéresse aux horaires des emplois auquel je pourrai accéder post-formation, a constaté que je pourrai, dans certaines boîtes, avoir des horaires de bureau. Tout naturellement, elle s’est exclamé : « comme ça tu pourras travailler sur ton scénario en rentrant à la maison ! ». Depuis quatre ans qu’elle me connaît, elle me voit m’escrimer sur ce scénar, elle en a lu plusieurs versions, elle me soutient courageusement. Sans arrières pensées, elle a lancé cette phrase, laissant entendre qu’elle s’attend à me voir indéfiniment travailler dessus.

Ainsi, je me suis rendu compte que mon scénario était devenu l’objectif de ma vie, pour ne pas dire une allégorie de mon existence. Peut-être que si je repousse sans cesse son achèvement, c’est parce que j’ai peur de ne plus avoir aucun but. En ce sens, je suis un Sisyphe dont la condamnation donnerait lieu à une toute nouvelle interprétation : après le Sisyphe dont le travail perpétuellement recommencé métaphorise l’absurdité de l’existence humaine, après l’interprétation d’Albert Camus, selon laquelle « il faut imaginer Sisyphe heureux » en haut de sa montagne car de là-haut il contemple le travail accompli, il y aura le Sisyphe scénariste, qui laisse complaisamment retomber la pierre, s’obligeant éternellement à recommencer son travail pour ne pas avoir à le terminer. Par peur du vide. Car le sommet de la montagne donne peut-être sur une falaise à pic…

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L'horreur... l'horreur...  (Les douze travaux scénaristiques) posté le lundi 05 mai 2008 23:52

L’horreur à l’idée d’abandonner un travail auquel j'avais déjà consacré autant de temps m’a bloqué pendant quasiment un an. Au bout de ces longs mois à m’éviter le sujet, je me suis rendu à l’évidence : soit j’abandonnais définitivement toute idée d’écrire un scénario, soit je me prenais en main et je recommençais –correctement- le travail.

Il ne s’agissait pas de tout oublier pour tout recommencer de zéro, mais d’en garder la substantifique moelle. Et de construire autour, avec fraîcheur.

Facile à dire…

Et puis un jour, j’ai fini par admettre que c’était mon dernier recours, ma dernière cartouche de scénariste. Si, après ça, je n’étais encore et toujours pas objectivement satisfait de ce scénario, cela signifierait que je n’ai aucun talent. J’abandonnerai définitivement l’idée d’écrire moi-même, et je passerai la main. De trancher ainsi le nœud Gordien m’a soudain permis de me sentir plus léger. Et d’aborder cette dernière tentative sisyphienne de mener à bien mon antique projet avec sérénité.

Au bout de presque un an, j’ai donc repris ma réflexion de zéro. J’ai redéfini ma thématique, creusé la storyline, élaboré un synopsis dont j’ai tiré un séquencier global, pour en arriver à la rédaction du traitement. Chaque fois, je me suis fermement imposé de ne jamais passer à l’étape suivante sans être totalement satisfait de la précédente : mon principal obstacle ayant été jusqu’à lors mon esprit critique, je devais le satisfaire à chaque fois, pour qu'il me permette de continuer à avancer.

C’est donc là que j’en suis actuellement. Aux trois quarts de mon traitement. (Très) lentement, j’avance.

Et c'est là aussi que la chronique et la réalité se rejoignent. J'ai démarré ce blog en me disant que ce serait une sorte de caution morale à l'avancement de mon projet. Que ce serait pour moi un moyen de ne pas tricher, de ne plus me cacher derrière des milliers de prétextes pour ne pas finir cette nouvelle -et normalement dernière- version de mon scénario.

C'est le but : pousser le rocher en haut de la montagne, et le faire tomber de l'autre côté!

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Ultime décision  posté le jeudi 10 avril 2008 18:37

Comme d’habitude, arrivé à la date butoir, je n’étais encore et toujours pas du tout satisfait de mon scénario. Je m’étais pourtant concentré sur le sentiment de vérité, sur les relations entre les personnages, et forcé de garder en permanence une vision globale du projet. J'avais tout lu et relu en gardant la thématique principale à l’œil. Mais ça ne me satisfaisait pas. Jamais. Ca n'était pas bon, juste lisible.

Mais cette fois, pour la toute première fois, même si je l'avais déjà soupçonné avant, je savais ce qui n’allait pas. Au fond, je le savais mais je ne voulais pas regarder les choses en face. Je venais d'en prendre conscience : depuis des années que je traficotait mon scénario, je ne faisais que ça : le traficoter. Modifier des petites choses par-ci par-là, accumuler les changements par couches, jusqu’à ce que l’on n'aperçoive même plus le fond. Même avec mon plan en main, je ne parvenais plus vraiment à voir mon histoire. Je n’avais plus la moindre objectivité, je ne voyais plus que des détails, des phrases, des noms, à la place des évènements, des actions ou des personnages.

Le vide. Le blanc. Rien.

Il ne me restait qu’une seule chance de remédier à cette confusion qui risquait de s’étirer jusqu’à ma mort si je ne faisais rien. Je le savais -- depuis longtemps, mais j’avais la pétoche d’appliquer une méthode si radicale. Je ne voulais pas le faire, l’ampleur de la tâche était trop grande, surtout en voyant le temps que ça m’avait pris pour en arriver où j’étais. Et même si je me retrouvais dans une impasse, je ne voulais pas l’admettre.

Jamais.

Merde, j’en avais tellement bavé! Pour ça !

Tout recommencer de zéro ?

Jamais !

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La menace fantôme  posté le dimanche 06 avril 2008 18:19

Ayant pris cette décision de faire lire le scénario achevé à des professionnels, et étant enfermé chez moi depuis trop longtemps dans le noir de mon petit chez moi, j’ai été pris d’un accès de paranoïa : j’ai en effet rêvé une nuit que quelqu’un me piquait l’idée de mon histoire…  l’horreur de la dépossession de cet partie de moi m’a réveillé dans tous les sens du terme : j’étais fermement attaché à cette histoire, et ai donc décidé de la faire protéger. S'en sont suivis: des recherches sur le site de la SACD, le suivi de la procédure, la réception d’un certificat, et soudain je me suis senti très soulagé…

Comme si quelqu’un guettait réellement l’opportunité de piquer l’idée de mon film... Ce n’est qu’après coup que je me suis rendu compte de l’ampleur sordide de ma parano : en admettant que cette histoire soit écrite avec assez de talent pour attirer l’attention d’une personne (ce qui était loin d’être gagné), il fallait que celle-ci ait l’idée ou la volonté de me la piquer. Un film de genre, sans autre contact avec la réalité sociale que de manière parabolique?  En France ? Il faut se rendre à l’évidence : ça n’intéresse personne.

Mais bon, je me sentais tellement mieux. Et puis c’était pas tout ça, il fallait que je me démerde pour le finir une bonne fois pour toutes, ce scénar.

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